Droit acquis : qu’en est-il et à qui revient la responsabilité de le démontrer?
Le droit acquis à l’égard d’un lot, d’une construction, d’un usage ou d’une enseigne permet de maintenir une situation de fait et d’en jouir, et ce, même si cette situation n’est plus conforme à la nouvelle réglementation d’urbanisme. En effet, plusieurs citoyens ont des droits acquis grâce auxquels certains usages, ouvrages ou constructions dérogatoires aux lois et aux règlements en vigueur peuvent être conservés ou continués.
D’abord, pour pouvoir parler de droits acquis, il faut que l’usage ait débuté avant l’entrée en vigueur de la loi ou du règlement qui l’interdit et que la construction ou l’ouvrage dérogatoire ait été implanté ou réalisé avant l’entrée en vigueur de la loi ou du règlement qui l’interdit. Par exemple, si vous avez construit un quai non conforme à la règlementation applicable il y a 10 ans et que ce quai est toujours non conforme selon la réglementation présentement en vigueur, le quai ne possède aucun droit acquis. Ainsi, pour revendiquer un tel droit, il faut que l’usage dérogatoire ait débuté ou que la construction ou l’ouvrage dérogatoire ait été implanté ou réalisé alors que la réglementation municipale le permettait.
Cependant, dans certains cas, la réglementation s’applique malgré les droits acquis. C’est le cas, par exemple, en matière de nuisance, de sécurité ou de protection de l’environnement. Cela tombe sous le sens : nul ne peut revendiquer des droits acquis à nuire, à mettre la sécurité d’autrui en danger ou à polluer! Il est aussi important de savoir que le concept de droits acquis ne s’applique pas pour la coupe de végétation dans la bande riveraine. Par exemple, une tonte de gazon qui doit être répétée semaine après semaine n’a aucune notion de droits acquis, et ce, même si la tonte est réalisée de la même manière depuis 40 ans!
La grande question : À qui revient la responsabilité de démontrer ledit droit acquis?
Il est très important de comprendre que ce n’est pas au fonctionnaire municipal de confirmer l’existence d’un droit acquis au bénéfice du citoyen, mais c’est plutôt au propriétaire de transmettre les documents ou informations au fonctionnaire municipal permettant de démontrer l’existence de ce droit acquis. Ces documents ou informations doivent permettre de confirmer que l’usage dérogatoire a débuté légalement ou que la construction ou l’ouvrage a été implanté ou réalisé légalement. Ces preuves peuvent prendre diverses formes, par exemple des photos datées ou des vidéos datées.
Il est bien important de comprendre que le rôle du fonctionnaire municipal n’est pas de procéder à l’analyse juridique relativement à votre situation particulière. Si vous souhaitez connaître vos droits relativement à l’existence de tels droits acquis sur votre propriété, il sera de votre responsabilité de mandater un professionnel pour ce faire. Dans tous les cas, le fonctionnaire pourra acheminer les règlements qui étaient applicables.
Mais attention, il est aussi possible de perdre ses droits acquis, et ce, de maintes manières!
Le droit acquis à un usage sera perdu s’il y a une interruption significative de cet usage ou si celui-ci est changé. On peut aussi perdre son droit acquis sur un ouvrage ou une construction lorsqu’on effectue des travaux ou modifications sur celui-ci. Nous recommandons donc de ne jamais initier des travaux sans avoir obtenu au préalable un permis émis par le service de l’urbanisme de la Municipalité.
Il n’est pas toujours évident de circonscrire de manière certaine la notion de droits acquis, les limites de ceux-ci ainsi que les méthodes pour les conserver. Il est cependant fondamental de comprendre que ceux-ci ne sont pas sans limites et qu’il appartient au propriétaire de veiller au maintien de ces droits acquis.
En espérant que cet éditorial vous permettra de comprendre que le rôle du fonctionnaire municipal n’est pas de démontrer l’existence des droits acquis à la place du propriétaire. Il faut aussi considérer que la Municipalité d’Ivry-sur-le-Lac est composée de peu de personnel et ne peut se permettre de répondre et d’analyser, au bénéfice du citoyen, toutes les situations pouvant entraîner l’existence de droits acquis. Il est inévitable que cette tâche supplémentaire ait des répercussions importantes sur son travail quotidien.
Nous vous invitons par ailleurs à consulter le chapitre 11 concernant les dispositions applicables aux usages, aux constructions et aux enseignes dérogatoires protégés par droits acquis du règlement de zonage (règlement numéro 2013-060) et du chapitre 7 concernant les lots et terrains dérogatoires du règlement de lotissement (règlement numéro 2013-058). Vous trouverez lesdits règlements sur le site Web de la Municipalité : https://ivry-sur-le-lac.qc.ca/reglements/.
Bonne lecture!